Josselin Droff, Lucie Béraud-Sudreau, Eva Szego, Julien Malizard ulien Malizard publie l’article « New Defence et politique industrielle de défense en Europe », dans le numéro 22 de Défense & Industries, revue de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS)
Josselin Droff, Eva Szego et Julien Malizard, chercheurs à la Chaire Économie de défense – IHEDN, et Lucie Béraud-Sudreau, chercheuse à l’International Institute of Strategic Studies (IISS).
Le conflit en Ukraine a révélé une double exigence pour l’industrie de défense européenne : augmenter rapidement les volumes d’équipements militaires tout en intégrant les innovations technologiques nécessaires pour faire face aux nouvelles menaces. Cette dynamique impose de repenser la structure du marché de l’armement en Europe, désormais caractérisée par une dichotomie entre marché historique et marché émergent. Cet article vise à déterminer les caractéristiques des nouveaux acteurs industriels, dits « New Defence », se positionnant sur le marché émergent de l’armement et à en analyser les implications pour la France et l’Europe.
Dans quelle mesure les entreprises du « New Defence » contribuent-elle à redéfinir les contours de la base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne ? Quelles en sont les principales implications, tant pour les entreprises que pour l’État, en matière de politique industrielle de défense ?
Les auteurs proposent une cartographie du secteur du « New Defence ». À partir d’un échantillon de 316 entreprises sur six segments capacitaires (UAV, UGV, drones navals, smallsats, HAPS), elle met en lumière les dynamiques de transformation industrielle en Europe.
Une BITD avec des nouveaux acteurs…
- Sur six segments, les auteurs observent une multiplication des acteurs, notamment sur les petits drones et les mini-satellites. Les barrières à l’entrée y sont plus faibles, favorisant l’apparition de PME innovantes, souvent issues du monde civil ou académique.
- Le « New Defence » ne se résume pas à des start-ups : beaucoup de PME déjà établies montent en puissance grâce à l’IA, aux capteurs et à la dualité civil-militaire.
- La dynamique est aussi géographique : de nouveaux pays émergent aux côtés des grandes BITD historiques.
… qui invite à repenser les dynamiques entre firmes
- L’étude confirme l’hypothèse des « deux marchés ». Un marché historique, capitalistique, structuré autour de grands intégrateurs et de cycles longs. Un marché émergent « new defence », plus ouvert et concurrentiel, fondé sur des cycles courts, la masse et des coûts réduits.
- Ces marchés ne sont pas strictement substituables mais complémentaires. Les plateformes lourdes conservent des avantages décisifs, tandis que les systèmes « New Defence » répondent aux logiques de guerre d’attrition, de saturation et de masse à coût unitaire réduit.
- Face à cette dynamique, les acteurs historiques adoptent plusieurs stratégies : concurrence directe avec des produits « low cost » ; acquisitions ciblées pour internaliser les compétences ; coopérations industrielles ; ou recentrage sur leur cœur de métier.
… et questionne les options de politique industrielle
Du point de vue des pouvoirs publics, l’émergence du « New Defence » ouvre des marges de manœuvre inédites :
- Pression concurrentielle sur les coûts et recherche d’une meilleure efficience « militaro-économique »;
- Possibilité de mettre en œuvre un high-low mix combinant plateformes majeures et équipements d’attrition;
- Accélération des cycles d’innovation et boucles de rétroaction plus courtes avec les utilisateurs finaux.
Mais ces opportunités s’accompagnent de risques :
- Capacité réelle d’industrialisation encore incertaine pour de nombreux acteurs;
- Effets d’annonce et médiatisation pouvant masquer des fragilités industrielles;
- Vulnérabilité accrue aux acquisitions extra-européennes;
- Nécessité de concilier soutien aux nouveaux entrants et préservation d’une concurrence dynamique (éviter une cristallisation prématurée en « champions »).

